Comment les habitudes médiatiques des enfants et adolescents ont-elles évolué à l’ère numérique ?

De la télévision aux réseaux sociaux, de nouvelles tendances émergent avec l’essor des technologies numériques. 

La consommation des médias chez les enfants avant l’ère du numérique 

Avant l’essor du numérique, les enfants s’informaient et se divertissaient principalement via des médias traditionnels. Dans les années 70 et 80, la radio jouait un rôle clé en tant que source d’information et de divertissement pour les plus jeunes. Des émissions jeunesse comme Salut les p’tits loups ou Les Histoires du Pince Oreille permettaient aux enfants d’écouter des contes, des chansons et des feuilletons radiophoniques. C’était un média incontournable avant que la télévision ne s’impose progressivement dans les foyers. 

Avec l’essor de la télévision dans les années 80 et 90, celle-ci devient le média dominant dans le quotidien des enfants. Des programmes comme Le Club Dorothée, Les Minikeums ou Disney Club rythmaient leurs journées, diffusés à des horaires stratégiques : le matin avant l’école, l’après-midi ou le week-end. Les chaînes spécialisées, telles que Disney Channel ou Nickelodeon, étaient les piliers d’un divertissement passif et linéaire, où les jeunes spectateurs regardaient les programmes sans possibilité de choix. 

En complément, la presse jeunesse a toujours occupé une place essentielle dans l’apprentissage et le divertissement des enfants. Les magazines pour enfants, tels que Pomme d’Api, Astrapi ou J’aime Lire, accompagnent ainsi les premiers pas des jeunes lecteurs, tandis que les bandes dessinées comme Tom-Tom et Nana, Max et Lili et plus récemment Anatole Latuile, Mortelle Adèle, Ariol… leur permettent de retrouver des héros familiers et de développer un lien affectif avec la lecture. Cet attachement aux personnages et aux histoires encourage d’ailleurs les familles à prolonger l’expérience à la maison, en abonnant leurs enfants à leurs magazines préférés. Cette diversité de médias offrait aux enfants un large choix de contenus, tout en restant encadrée par un contrôle parental fort. Les horaires de visionnage étaient limités et les contenus accessibles, filtrés par les parents, garantissant une certaine maîtrise des messages auxquels les enfants étaient exposés. Une époque où les médias se consommaient de manière plus encadrée, bien loin de la liberté offerte aujourd’hui par le numérique. 

L’impact des nouvelles technologies : l’ère du numérique et de l’interactivité

Avec l’essor d’Internet à la fin des années 90 et au début des années 2000, les habitudes médiatiques des jeunes ont profondément évolué. L’accès au web a marqué une rupture, donnant naissance aux premières plateformes en ligne comme MSN, Skyblog ou Habbo Hôtel, où les enfants et adolescents ont commencé à interagir et à produire leurs propres contenus.

L’ordinateur devient alors le premier support d’accès au numérique, avant que les smartphones et tablettes ne s’imposent dans les années 2010.

Progressivement, l’ordinateur s’impose dans les foyers, devenant un outil central pour l’apprentissage et le divertissement. Puis, l’arrivée des smartphones et tablettes, bien plus tard, a renforcé cette mutation, permettant un usage quasi permanent aux médias numériques.

Aujourd’hui, ces outils sont plus ancrés que jamais dans le quotidien des enfants. En 2024, selon une étude de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique réalisée par Ipsos, 56% des enfants âgés de 7 à 10 ans possèdent une tablette, principalement utilisée pour regarder leurs programmes préférés. L’étude met également en évidence que 70% des enfants de 7 à 17 ans se connectent quotidiennement à Internet, illustrant un usage précoce et en constante progression du numérique. Internet s’impose désormais comme le centre de leur consommation médiatique, leur offrant un accès immédiat aux contenus, à la demande et sans contrainte de temps.

Qui plus est, les plateformes de streaming, comme YouTube, Netflix ou Disney+, ont révolutionné les habitudes. La série « Bluey » sur Disney+ est devenue un phénomène mondial, disponible dans 140 pays. Suivant l’histoire d’une famille de bouviers, elle fascine par sa simplicité et sa capacité à aider les enfants à comprendre leurs émotions. Disney prévoit même une adaptation cinématographique en 2027. Parallèlement, Netflix avait révolutionné le format en 2017 avec des dessins animés interactifs comme “L’épopée du Chat Potté” ou encore “Gaby et la maison magique”, ce dernier étant prévu pour une adaptation cinématographique en 2025. Les enfants peuvent à présent choisir leur propre scénario, passant de spectateurs passifs à acteurs de leur divertissement, permettant une expérience de visionnage unique et immersive. Les algorithmes de recommandation personnalisés sur YouTube leur permettent d’explorer des contenus adaptés à leurs goûts, et basés sur leurs précédents visionnages, temps passés sur la vidéo, renforçant ainsi une consommation active et autonome. YouTube Kids, lancé il y a presque dix ans, reste un outil incontournable permettant de centraliser les contenus adaptés à une cible plus jeune, mais 2024 voit émerger des plateformes locales adaptées. C’est en juillet 2024 que le leader dans la presse jeunesse Bayard Jeunesse lance BayaM, sa nouvelle plateforme par abonnement pour enfants et adolescents. Comportant vidéo, audio, écrit, jeux, sans algorithme et avec une offre entièrement éditorialisée qui mise sur un contenu éducatif et sécurisé.

Afin de s’adapter aux nouvelles pratiques médiatiques des jeunes, Le Monde des ados a lancé une nouvelle formule combinant édition papier et plateforme numérique. Désormais, le journal propose une version hebdomadaire imprimée pour les abonnés, tandis que son site web offre un suivi quotidien de l’actualité dans un format interactif et sécurisé. « Beaucoup d’enfants n’ont pas encore accès à un smartphone, et leurs parents veulent qu’ils gardent un lien avec le papier. En parallèle, nous proposons une plateforme avec les codes des réseaux sociaux, mais dans un environnement sécurisé », explique Lise Martin, rédactrice en chef. En complément, Le Monde des ados investit WhatsApp, où sa chaîne d’actualité rassemble déjà près de 100 000 abonnés.

Parallèlement, les podcasts connaissent un essor remarquable auprès du jeune public. De plus en plus d’enfants et d’adolescents se tournent vers ces formats audios immersifs, qui offrent une alternative aux écrans tout en stimulant leur imagination. Des plateformes comme Spotify, Audible et Apple Podcasts proposent aujourd’hui des contenus adaptés aux plus jeunes, allant des histoires aux séries éducatives en passant par des émissions interactives.

Les podcasts jeunesse se démarquent comme un support privilégié pour informer et divertir les jeunes générations. En 2023, une étude réalisée par Unique Heritage Media souligne l’émergence du support audio : 67% des jeunes entre 8 et 18 ans en écoutent, que ce soit pour se distraire, s’instruire ou répondre aux demandes des établissements scolaires.

Parmi ces acteurs majeurs, Bayard Jeunesse se distingue avec 20 millions d’écoutes cumulées sur ses différentes productions. L’éditeur propose une offre variée adaptée à tous les âges, dont “La Grande Histoire de Pomme d’Api” (3-7 ans), classée en 48ème position parmi les podcasts les plus écoutés dans la catégorie Famille en janvier 2025 avec plus de 115 111 téléchargements en France, selon l’ACPM. On retrouve “Qui a inventé ?” d’Images Doc (7-12 ans), occupant la 89ᵉ position avec 47 285 téléchargements. Son catalogue s’enrichit aussi d’autres podcasts populaires, tels que “Le Club de Lulu” d’Astrapi (7-11 ans) ou encore “Petits Curieux” (7-12 ans).

Au-delà, d’autres productions audio s’imposent également comme des références auprès de ce public. C’est le cas de “Les Odyssées” ou “Toudou” de France Inter, “Une histoire et…Oli” des contes pour les 5-7 ans, permettent aux enfants d’explorer des récits captivants tout en limitant leur exposition aux écrans. Ce succès s’explique par sa flexibilité et son accessibilité, s’intégrant naturellement dans le quotidien des familles, notamment lors des trajets en voiture, avant le coucher ou en complément des temps de lecture.

 

Les influenceurs : dans le quotidien des jeunes générations  

Les influenceurs, devenus des modèles pour les jeunes générations, sont maintenant incontournables dans les habitudes médiatiques et de consommation des enfants en France. Grâce à leurs contenus engageants et à leur proximité apparente, ils influencent non seulement les tendances culturelles, mais aussi les comportements d’achat des plus jeunes.

Un exemple récent est Squeezie, pendant longtemps le Youtubeur français le plus suivi jusqu’à l’année dernière, a lancé une levée de fonds exceptionnelle pour le Secours Populaire. En mobilisant son immense communauté, il a associé son humour et sa créativité à une cause caritative, comme le montre son projet musical Hit des années 2000. Les bénéfices générés par les ventes de ces chansons ont été intégralement reversés à l’association, renforçant ainsi l’idée que les influenceurs peuvent allier divertissement et engagement social. De son côté, Marie Lopez, alias EnjoyPhoenix, a orienté son contenu vers des sujets écologiques, devenant une voix importante dans la lutte contre la surconsommation. Elle a été parmi les premières à refuser les dotations excessives de marques pour sensibiliser à la réduction des déchets et promouvoir une consommation plus responsable. Son approche inspire de nombreuses jeunes filles à adopter des habitudes durables et respectueuses de l’environnement. Dans le même esprit, des créateurs comme HugoDécrypte captivent les jeunes adolescents en simplifiant des sujets complexes comme le climat ou la politique, tout en leur apprenant à exercer un regard critique sur les informations qu’ils consomment. Ce type de contenu éducatif, accessible et bien structuré, joue un rôle crucial dans l’éducation médiatique et la sensibilisation des jeunes à des enjeux majeurs.

Toutefois, l’essor des partenariats avec les influenceurs et créateurs de contenus soulève des questions éthiques. La frontière entre le contenu divertissant et la publicité devient de plus en plus floue, notamment avec l’augmentation des contenus sponsorisés non signalés de manière transparente. Ce flou est particulièrement préoccupant pour les jeunes audiences, souvent moins aptes à distinguer un partenariat commercial d’un avis authentique. En conséquence, les régulateurs, tels que l’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité dont Com&Kids est membre, ont renforcé les règles encadrant les collaborations, exigeant que les mentions légales soient clairement visibles pour garantir une transparence totale.

Cela démontre que les influenceurs occupent un rôle ambivalent : d’un côté, ils représentent une opportunité unique pour engager les jeunes générations sur des causes importantes, comme l’écologie ou la solidarité ; de l’autre, leur puissance médiatique soulève des enjeux éthiques et nécessite une régulation stricte pour leur jeune audience.

Tendances futures : quels médias pour les enfants de demain ?

L’évolution des technologies numériques annonce des innovations prometteuses :

Réalité augmentée (AR) et virtuelle (VR) :

En 2025, les jeux VR adaptés aux enfants redéfinissent l’apprentissage en mêlant immersion et interactivité. Par exemple, des jeux comme Titans of Space permettent aux enfants d’explorer le système solaire dans un environnement simulé, tandis que Reading World VR propose des aventures interactives pour apprendre à lire de manière ludique. Cependant, la participation des parents est essentielle pour garantir une expérience sécurisée et bénéfique. Par ailleurs, des outils de contrôle parental intégrés aux casques VR permettent de restreindre l’accès à des contenus inappropriés.

Intelligence artificielle (IA) :

Les assistants vocaux comme Amazon Alexa Kids, disponibles en France depuis 2022, montrent déjà comment l’intelligence artificielle peut s’adapter aux besoins spécifiques des enfants. Avec des réponses adaptées à leur âge, des jeux éducatifs et des récits interactifs, Alexa Kids contribue à enrichir leur expérience numérique en toute sécurité.

Sécurité en ligne accrue :

La protection des enfants en ligne reste un défi majeur. C’est pourquoi l’Union européenne travaille activement à travers des initiatives comme la Stratégie BIK+ (Better Internet for Kids) pour collaborer avec les géants technologiques et renforcer les mesures de sécurité. Par exemple, la loi française SREN (Sécuriser et réguler l’espace numérique), adoptée en mai 2024, impose des sanctions aux plateformes qui ne respectent pas les restrictions d’âge ou n’éliminent pas les contenus inappropriés. Instagram, de son côté, a lancé les “Comptes Ado” une initiative visant à protéger les jeunes utilisateurs en intégrant automatiquement des restrictions adaptées à leur âge. Ce dispositif limite les interactions avec des inconnus, restreint l’accès à certains contenus sensibles et impose des paramètres de confidentialité renforcés. De plus, les moins de 16 ans doivent obtenir l’autorisation parentale pour modifier ces protections, permettant ainsi aux familles de mieux encadrer l’utilisation des réseaux sociaux. Ces mesures s’inscrivent dans une volonté plus large de sécuriser l’expérience numérique des plus jeunes et d’apaiser les inquiétudes des parents face à l’hyperconnexion.

 

Conclusion 

L’évolution des technologies a profondément transformé la consommation médiatique des enfants et des adolescents, offrant des expériences immersives, interactives et éducatives. Cependant, cette révolution numérique s’accompagne de défis majeurs, notamment en matière de protection en ligne, de transparence et d’éthique. Entre streaming, podcasts et réseaux sociaux, les médias jeunesse évoluent pour s’adapter aux usages d’une génération ultra-connectée, tout en préservant leur mission éducative.

L’enjeu pour les parents, éducateurs et régulateurs est désormais d’encadrer cette hyperconnexion tout en garantissant un équilibre entre innovation et sécurité, afin de permettre aux jeunes générations de tirer pleinement parti des opportunités qu’offrent ces nouveaux médias, tout en préservant leur bien-être.